Nakshidil ou la légende de la sultane française

Constantinople, le 15 août 1817 . Nakshidil la reine des têtes voilées, vient de mourir. Du destin de cette femme hors du commun, il ne reste aujourd’hui qu’un mausolée pris d’assaut par une vilaine pelouse en broussaille. Pourtant à des milliers de kilomètres, moult rumeurs courent encore au large des îlets du Robert. Secrets de famille et disparitions en mer, nous voici plongés dans la Martinique du 18e siècle, berceau de l’incroyable légende d’Aimée Dubuc de Rivéry, sultane Validé.
Cette sultane née en 1776 à la Martinique, se nommait Aimée Dubuc de Ribery et était la cousine de Joséphine Tascher de la Pagerie, future impératrice Joséphine, femme de Napoléon Ier . André Castelot, le célèbre historien, dans sa biographie sur Joséphine nous rapporte une anecdote qu'il tient pour véridique car citée deux fois, une première fois par Joséphine elle-même et une seconde par Napoléon . Resituons tout d'abord les personnages et l'époque .

Le 9 mars 1796, le général Bonaparte épousait Joséphine, veuve du vicomte Alexandre de Beauharnais, mort sur l'échafaud en 1794 et dont elle avait deux enfants : Eugène, âgé de 15 ans, futur vice-roi d'Italie et Hortense, 13 ans, qui épousera Louis Bonaparte, le propre frère de Napoléon, et deviendra reine de Hollande et donnera à son mari un fils prénommé Charles Louis Napoléon, plus connu sous le nom de Napoléon III .
Joséphine, de ses vrais prénoms Marie-Josèphe-Rose (nous trouvons ici le prénom Rose), était née aux Trois-Ilets, à la Martinique, du mariage de Messire Joseph-Gaspard de Taschers, chevalier Seigneur de la Pagerie, Lieutenant d'artillerie réformé et de Madame Marie- Rose de Vergers de Sanoix .
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Or donc, Joséphine, adolescente eut un jour l'idée avec sa petite amie et cousine Aimée, d'aller consulter une voyante, une "devineresse" caraïbe nommée Eliana (nommée Euphémia David, la fille du baron Samedi, pour les romanciers Michel de Grèce et Barbara Chase-Riboud) . Cette dernière après avoir lu dans la main d'Aimée lui déclara tout net :
"Tu seras reine un jour."
Comme beaucoup de jeunes filles créoles de la noblesse ou de la haute bourgeoisie, Aimée quitta son île pour la France afin de parfaire son éducation .
Quelques années plus tard, le 8 août 1788, voguant vers la Martinique, à bord de la Belle Mouette commandée par le capitaine Duddefand, de retour de Nantes où elle venait d'achever ses études, Aimée fit naufrage à 40 milles au sud-ouest de La Coruna, en raison d'une voie d'eau. Heureusement, avant de sombrer, un navire passa à quelques encablures et sauva passagers et équipage .
Le vaisseau où avait pris place Aimée fut pris par les pirates arabesques qui ramenèrent leur butin à El Djezaïr, autrement dit Alger. Les prisonniers furent amenés par le commandant pirate dans un ancien hammam transformé en prison . Aimée, morceau de choix, fut offerte par le dey d'Alger Baba Mohamed Ben Oman au sultan de Turquie (Constantinople), Abdulhamid Ier ou Abdoul Hamid Ier (1774-1789), fils d'Ahmed III .

Aimée reprit donc la mer en direction de la Grande Porte, accompagnée par le Keznadar (ministre des finances du Dey d'Alger) . Constantinople fut atteinte fin août 1788. Et Abdoul Hamid Ier fit rapidement d'Aimée sa favorite .
Ses compagnes du harem lui choisirent un nouveau nom : Nakshidil, ce qui signifie "l'Empreinte du Coeur" ou "la plus Belle des Belles".

Aimée était sultane . Elle prit le nom de Sultane Nakshildil et fut à l'âge de 15 ans la mère adoptive du futur Sultan Mahmoud II ou Mahmud II alors âgé de 4 ans, fils d'une kadine décédée, qui aurait été, elle aussi, d'origine française . En tant que telle, elle fut appelée à l'âge de 36 ans la Validé (titre de la mère du sultan régnant) : c'était le 28 juillet 1808 . Ne pouvant se résigner à n’être qu’un simple objet de plaisirs, à se gaver de cornes de gazelles et de Baklavas à l’instar de ses comparses, elle finit par se prendre d’affection pour le vieux Sultan. Peu à peu, la jeune femme impose son opinion jusqu’à en venir à jouer un rôle politique en lui portant conseil .
À la mort d’Abdul Hamid Ier d’Istanbul, le 22 avril 1789, Selim III monte sur le trône et entretient selon certains historiens et auteurs une relation secrète avec la belle Française. Une fois encore, elle est sa conseillère, l’incitant à adopter de nouvelles réformes et abolir certaines coutumes désuètes. Les conservateurs enragés par ce « modernisme » destituent Selim et portent son cousin au pouvoir. S’en suivent pour la jeune femme des années de disgrâce sur les bords du Bosphore. L’assassinat du souverain la ramène au premier plan, car Mahmoud II, son fils, devient à son tour sultan et la reine voilée recouvre alors sa précellence.
C’est au moment même où elle atteint l’apogée de son règne que la maladie la conduit jusqu’à son mausolée. Nakshidil mourut à 43 ans de tuberculose .
On dit que la sultane Validé a surpassé dans la grâce, le charme et l’amabilité les Géorgiennes et les Circassiennes. Elle a surtout, quand bien même sa vie ne serait qu’une légende, noirci de son encre, l’une des plus belles pages romancées des Petites Antilles.
Mausolée de Nakshidil à Istambul

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Emblème ottoman |
A travers Abdul Hamid, Sélim, puis à travers son fils, elle joua un rôle politique majeur et contribua à tisser des liens forts entre la France et la Turquie .

Sultan Mahmoud II
Et pour Joséphine vous demandez-vous, quelle a été la prédiction de la voyante ? Eliana lut ensuite dans la main de Marie-Josèphe-Rose de la Pagerie . Elle s'y attarda, comme étonnée. Puis, elle déclara :
"Tu te marieras bientôt. Cette union ne sera pas heureuse, tu deviendras veuve, et alors tu seras plus que reine."
La vie de ces deux jeunes femmes a prouvé l'exactitude de sa prophétie ...
Epitaphe du sultan Mahmoud II sur le mausolée de sa mère, édifié dans les jardins de la mosquée de Mohamed le Conquérant
Caractère du soleil, pur et noble A conquis l'Orient par sa Majesté simple, Grâce à elle, la nature s'est vivifiée encore, Sa grandeur et sa renommée retentissantes, Ont fait du pays un jardin de roses, Les fleurs sont heureuses par elle, Elles conserveront à jamais sa mémoire Le Sultan du Monde, Mahmoud II Est imprégné par elle Sur cette tête auguste de sa mère Nakshidil, On a mis des prières et de la terre, C'est avec des larmes de sang Que j'écris ici pour mémoire Moi, Sadik, la date de sa mort douloureuse 1817 ou 1233 de l'Egire
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Si vous souhaitez en savoir plus sur cette sultane, je vous invite à lire :
La Grande Sultane de Barbara Chase-Riboud
La Nuit du Sérail de Michel de Grèce

